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L’image s’éparpille (Breizh)

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09052021

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L’image s’éparpille (Breizh) Empty L’image s’éparpille (Breizh)




L’image s’éparpille I

« Je fus appelé dehors / le grand ciel m’a parlé » Kenneth White

Il y a dans l’éclat de l’œil des fragments inconnus ! L’image s’éparpille, se retrouve à croupetons, disloquée, humide de stupeur, lacérant le sol de pleurs hoquetés, et tout enfiévrée, s’allonge et s’endort.
Je suis personne.
 
Et soudain, engloutie par l’humus sableux
demeurent quelques parcelles sauvées par quelques dents de rocs noirs
oublieux de pas de bardes délassés du temps, jadis orviétans des âmes. L’océan se retire.
Je suis mouvement.
 
Tous ces allers et retours interminables, ces anses, ces abers, ces passes, ces refuges
ajointés d’aiguilles horlogères, secondant à rebours des voussures ignorantes des matines, des vêpres et complies, des brumes aurorales et des crachins crépusculaires à l’orée d’apories saisonnières.
Je suis étoile.
 
Et s’en venant me porter au large de moi-même, habillé de fils cotonneux et hasardeux
immense vaisseau fantôme tricotant une gîte de tribord à bâbord,
je m’emprisonne au maillage éphémère et ténu, perdu en de sombres ornières de mer
où même le Nord s’affole. Ex-voto…
Je suis prière.
 
La voix s’est tue, plus d’a cappella, plus d’andante, plus de fureur océane, juste la brise sur la grève
qui balaye les rumeurs de grains ensorcelés qui courent se réfugier dans les anfractuosités
de terres aux légendes Arthuriennes. Et je me plais à penser qu’il y a quelque chose
de Guenièvre dans la candeur brutale de cette voix, légèrement mystique,
promise à une grande destinée.
Je suis vous.
 
 
L’image s’éparpille II

« Cette musique est le reliquat des derniers jours de fête et le prélude des suivants » Walter Benjamin
 
Des nuées de violons émergent, muses orchestrales des profondeurs
secouées de tempêtes, puissamment venues féconder le cœur humain,
bien au-delà de ses certitudes inconstantes, emprisonné qu’il est,
et ne sachant comment se départir aisément, de cet encombrant faix.
Je suis l’incertain.
 
Monème en attente syntagmatique,
à l’instar d’un phare privé de lentilles de Fresnel,
muet de l’essentiel,
pas de mots à l’endroit des marins qui croisent à quelques encablures de récifs aiguisés, sabrant au passage, d’une saignée irréversible, l’imprudent.
Je suis un souffle.
Pour l’heure, au miroir indéchiffrable, vêtu d’éclats hiératiques aux contours flous,
se scelle l’image d’un schisme méconnu, engeance au parfum biunivoque, mais secourable :
« Seriez-vous donc, ce complément qui me hante ? »
Je suis une main.
 
A l’image de cette personne prenant son café, là, - derrière cette vitre tout embuée -,
qui furtivement jette un regard détaché, insaisissable instant de portée imparfaite
donnant naissance à un imaginaire sulfureux et émouvant.
Je suis une larme.
 
 
L’image s’éparpille III
 
« Somnolentes les feuilles fatiguées de soleil reposent / Tout se tait dans la forêt, seule une abeille / Bourdonne sur les fleurs dans un zèle alangui » Nicolas Lenau
 
L’homme toujours repousse à plus tard, « plus tard peut-être… , je vous en conjure,
s’il vous plait…plus tard vous dis-je »! Voyez ce jour sans parure, sans mystère
ressemblant à s’y méprendre, à une heure émolliente! Les cœurs y fondent plus que d’habitude
en cet automne avancé, corniche décembrale ensoleillée.
Je suis l’ami.
 
Pas d’alléluias, d’hosannas, d’encens, pas de Livres, pas de mains de Paix,
rien de tout cela, rien qu’une hébétude au miroir brisé de marées d’eaux mortes
où je houache auprès de vous, loin du narthex, au cœur de la mutité ;
je perds au passage, peu ou prou, la porte du gynécée, la foi et la liberté.
Je suis le doute.
 
Une voix féminine tirée du brouhaha s’élève a cappella : « Enfin vous voilà
tel que vous avez toujours été un homme nu au ventre mou sans une ride,
ballotté de-ci de-là, au gré des alizés, soufflant tantôt le frais tantôt le chaud,
attisant des braises froides, ostensiblement. Vous voilà ainsi donc arrivé jusqu’à moi ! 
Ici près des maisons basses et blanches, nous ne sommes pas en aparté en ces landes de bruyères parsemées d’ajoncs, d’abeilles et de vols de sternes. Regardez ces menhirs humains pétris de glace, impassibles. Ils songent. Tous ces gens si éloignés de vous, contemplez-les dans leur silence foudroyant. Et entendez les ressacs cogner les ressauts, ils s’invitent au berceau de l’intimité, entre vous et moi. Voyez-les cheminer. Ils prennent le large ! »
Je suis l’énigme.
 
Nous autres humains, avons besoin de croire mais en quoi, en qui, comment et jusqu’où ?
L’attente est notre lot, impatience écornée, et pourtant, sans attente, pas de projet, pas de surprise
rien, sinon que de fugitives pensées immédiatement statufiées, sans réponse...
Au coin de le rue d’en face, ignorée de tous, sauf des apprentis amoureux, voyez
ils ne se promettent rien du bout des lèvres, mais néanmoins,
se prédisent des jours heureux du bout des yeux.
Je suis eux.
 
Maintenant, ce n’est plus votre voix que j’entends,
Mais celle des enfants, extatique, entonnant un hymne à la joie kymrique,
mélancolique et pénétrante, en compagnie de l’ovate, vibrent les cordes de la harpe d'Ossian.
Ô sens de l’harmonie, de la nature, de la beauté !
Ô terres des ancêtres, immense de plénitude et de liberté, esprit d’Abélard,
les cumulus jouent à cache-cache avec l’astre, et une pluie effervescente me submerge de lyrisme.
Je suis poète.
 
Et j’imagine bien volontiers que tous autant que nous sommes,
en quête d’espérance inexorablement nous marchons vers le Graal
enfoui si profondément en nos mémoires, qu’il ne nous reste,
qu’obstinément et patiemment à défricher ce segment fragmentaire éternel,
pour un jour, s’en saisir opportunément. Et alors votre voix de cristal rejoindra le cœur des hommes.
Et ce jour-là, je serai un tout. 
 
Seawulf
Seawulf

Messages : 132
Date d'inscription : 20/03/2021

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