BALADE EN PROÉSIE
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Message par Seawulf Mar 4 Jan - 12:35

 Sous un nom étranger


Il y a tant de nuits qu'il revient sur la terrasse de mes rêves, monte ses marches effritées, silencieux comme une maison abandonnée, qu'il cherche son visage dans les fonds vides des fenêtres, un mouchoir décoloré et des bluets secs dans sa main.

Son nom est une plaie, comment l'appeler, il y a sept années que dans mes nuits suinte la plaie, comment rappeler les traits de son visage, je tends la main - des espaces infinis me séparent de mes gestes, des terrains vagues peuplés de taupinières, des fourmilières vides en bas dans les jardins. Entre moi et le frémissement de mes doigts, entre la douleur et la tentation coule un passé dans une petite flaque de sang aves des filets gluants, couleur de fruit pourri, ce qui collent à mes cuisses.

Il y a sept années déjà qu'il vient dans mes nuits, notre fils, le sel et le pain sont restés intacts, tes paroles sont des plaies, ne me raconte rien des jardins d'Octavio Paz, ici l'air est très lourd, depuis sept années les griottiers ne perdent plus leurs fleurs,

les deux se sont déshabillés et ils ont fait l'amour...


Notre fils est une branche de griottier rompue, les cloches ont sonné interminablement ce midi-là et les fichus noirs des femmes comme une volée de corbeaux montaient vers le cimetière. Où mène cette route, il y avait des puits desséchés dans mes yeux, le soleil vertical déshabillait les ombres, quand le cortège funèbre démarra, j'ai entendu la voix de ma mère, "ouvre les portes de la maison", faut-il que j'attende son retour toute la vie, maman, "ouvre les portes", je ne lui ai pas demandé pourquoi...

les deux se sont déshabillés, ils se sont embrassés, parce que les corps en étreinte surmontent le temps et sont intouchables...


Ne me raconte rien des jardins d'Octavio Paz, où m'emmènes-tu ? Il y a déjà sept années que les griottiers ne perdent plus leurs fleurs, et l'air sur la terrasse de mes rêves devient de plus en plus lourd, ne me raconte pas, où mène cette route ? Il y a des champs infinis couverts d'herbes amères entre moi et mes paroles et une taupinière vide : mes entrailles.
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